Le drame romantique

Au XIXe siècle, dans les années 1820, les jeunes poètes romantiques veulent se libérer des règles du théâtre classique : ainsi naît au théâtre un nouveau genre, le drame romantique.

1•Son origine ? Son histoire ? 

     La Révolution française de 1789 a bouleversé les certitudes de l’Europe. Brusquement et brutalement, le monde ancien, celui dans lequel depuis des siècles, le pouvoir appartenait aux rois absolus et à l’aristocratie, ce monde a été renversé. Et le Peuple s’est proclamé souverain. Pour célébrer cet âge nouveau, pour glorifier la liberté inventée, la fraternité de tous, l’égalité des citoyens au sein de la nation, on organise de grandes cérémonies publiques et populaires, des fêtes spectaculaires qui sont de véritables mises en scène de théâtre. Le spectacle de l’Histoire, les bouleversements politiques, les passions que ces bouleversements déchainent, et les formidables espérances qu’ils font naitre pour l’humanité apparaissent dès lors comme des thèmes fascinants pour la littérature, et l’on assiste à une révolution littéraire avec la naissance du courant romantique, en Allemagne d’abord : des écrivains comme Goethe, Schiller ou Kleist offrent au théâtre du nouveau, de l’inédit, qui trouve sa source dans l’histoire du peuple. Ce théâtre nouveau met en scène, et au premier plan sur la scène les petits gens, les révoltés, les bannis de la société.

                En France, le romantisme commence à se développer à l’époque de la Restauration qui voit le rétablissement de la monarchie, plus précisément sous le règne du roi Charles X (1824-1830) : le monde ancien désuet, périmé, va-t-il à nouveau triompher ? Non, répondent les Romantiques, dont Victor Hugo, le théoricien du nouveau mouvement, deviendra bientôt le chef de file. Mais avant Victor Hugo, Stendal déjà, dans son essai intitulé « Shakespeare et Racine » en 1823, avait écrit qu’il était temps de s’affranchir des règles contraignantes imposées au théâtre depuis l’époque classique, pour inventer un théâtre plus libre de ton, plus libre dans sa forme, un théâtre qui renouerait avec la créativité et la fantaisie du grand William Shakespeare. Le théâtre déclare les romantiques doit devenir le fidèle reflet de la vie, du mouvement de la vie, du réel, du vivant. Adieu donc les sujets puisés dans la mythologie grecque et romaine, et si chers au théâtre classique. On vit désormais de l’actuel, et surtout, on veut célébrer la Nation, on veut célébrer la France et son glorieux passé. Rejeter les règles du théâtre classique au nom de la liberté totale de créer, tel est le programme que Victor Hugo définit, pour le théâtre romantique et pour le romantisme en général, dans la Préface de Cromwell (1827). La vie est faite de larmes et de rires, dit Hugo, aussi le théâtre doit-il fondre ensemble, dans la même pièce, le comique et le tragique, allier le grotesque et le sublime, pour être au plus près de la vraie vie.

                Alexandre Dumas père, offrira au théâtre un drame nouveau, un drame romantique, c’est-à-dire moderne avec « Henri III et sa cour » (1827). Ce sera un triomphe. En 1830, c’est la « Bataille d’Hernani », épisode mémorable et historique qui voit s’affronter, lors d’une représentation d’Hernani, un drame romantique de Victor Hugo, les anciens et les modernes. Cette fameuse bataille est remportée par la jeune génération, qui acclame la pièce. Le drame romantique a triomphé. Enfin, on peut situer la fin du drame romantique avec la représentation des « Burgraves » du même Victor Hugo, en 1843. Mais le genre sera ensuite repris dans l’opéra par exemple de Verdi.

 

2•Ses caractéristiques

Les thèmes

De la modernité : Contre l’ordre ancien des classiques, le théâtre romantique se veut moderne : il représente la société de son temps, donc contemporaine ; il se soucie de mêler drame et politique ; il se donne comme héros des valets, des personnages issus du peuple ordinaire, ou des proscrits, mis au ban de la vie sociale rangée. Et cette modernité s’étend aussi à l’écriture théâtrale : de la prose, beaucoup, et quand il s’agit de vers, il faut comme le dit Hugo, " tordre le cou à ce grand niais d’alexandrin."

♣ Le théâtre romantique met aussi en scène l’Histoire, Française ou Européenne en redonnant la couleur de la gloire aux temps jusqu’alors méprisés : le Moyen Âge et l’époque gothique, et surtout la Renaissance. Le drame romantique lorsqu’il est historique, fait revivre, pour les spectateurs, le faste et le pittoresque de ces époques-là.

Des héros passionnés : Le théâtre romantique veut des héros justement romantiques, toujours passionnés, en proie au mal de vivre, problématique, c’est-à-dire déchiré entre un idéal impossible et une réalité prosaïque, vulgaire, gagnée par le règne sordide de l’argent. Le héros romantique s’incarne alors dans la figure du « Génie », par exemple le poète sublime, mais incompris et méprisé.

♣ Ces déchirements entre rêve et réalité apportent des notes mélancoliques, voire tragiques, puisque le héros est souvent conduit au suicide ou à la mort. Le drame romantique est sombre : il oscille entre mélancolique et violence, entre sublime, démesure et inspiration frénétique ou noire.

♣ L’amour dans ce contexte et dans cet univers est beau quand il est impossible : c’est un valet amoureux d’une reine ; c’est un jeune homme pur amoureux d’une femme déjà mariée et vertueuse… Le cœur alors se déchire et se rompt en plaintes lyriques.

Les Auteurs

◘ A tout seigneur, tout honneur : Victor Hugo est le maître théorique et actif du drame romantique, auquel il a donné des œuvres maîtresses, comme « Hernani » (1830), « Ruy Blas » (1838), ou encore « le Roi s’amuse », « Lucrèce Borgia », « Marie Tudor »

Alfred de Vigny, avec « Chatterton » (1835), peint l’Angleterre bourgeoise et égoïste qui rejette le Poète, et le contraint au suicide.

Alexandre Dumas, le « créateur » du drame romantique, puisqu’il donne à ce genre son premier chef-d’œuvre, s’illustre également avec « Antony » 1831), un drame sur la passion fatale, la douleur, la mort, mélange qui fait pleurer tout Paris.

◘ Alfred Musset est cas remarquable : après l’échec de sa première pièce « La nuit vénitienne », il continue à écrire pour le théâtre, mais en gardant bien de faire jouer ses œuvres, se contentant de les faire publier. C’est pourtant lui qui donne au drame romantique son chef-d’œuvre incontesté, « Lorenzaccio » (1833), qui ne sera représenté pour la première fois qu’en 1896.

 

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Date de dernière mise à jour : 25/04/2019

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