Littérature Jeunesse

I - Histoire

     Entre 1970 et 1995, la littérature jeunesse se transforme profondement. C'est d'abord l'époque de l'allongement de la scolarité, avec l'émergence d'un nouvel âge, l'adolescence. On voit se mettre en place tout un réseau d'acteurs spécialisés comme les librairies jeunesse, et les bibliothèques pour enfants. Entre tous ces nouveaux acteurs, il aun consensus tacite, celui d'adopter les pratiques et les usages de la littérature avec un grand L. Car tous poursuivent un objectif : donner à la littérature jeunesse une reconnaissance scolaire, académique et esthétique qu'elle n'a pas encore.

     Les acteurs de la littérature jeunesse vont vite se rendre compte qu'ils créent un espace virtuel au sein duquel auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, critiques et lecteurs se conaissent et reconaissent entre eux, un espace en dehors de la littérature des adultes. D'un communs d'accord, ils vont rejeter des pratiques anciennes comme les séries (Oui-Oui, Le club des 5, ....) ou comme les versions abrégés des classiques. la plupart vont oeuvre à la mise en place de collection marquées par la recherche de la qualité, de l'originalité et par un statut littéraire, par exemple "Page Blanche" de chez Gallimard.

     A partir de 1995 et de 1998, le consensus vole en éclat et le champ va se reconfigurer. Le succès des séries du type Chair de poule et du cycle Harry Potter vont produire une rupture sur plusieurs points :

II - Le lectorat

     La particularité la plus remarquable de la littérature jeunesse, c'est qu'elle s'adresse à deux publics en même temps et qu'elle donne donc lieu à deux formes de lecture différentes mais simultanés. Dans ce "double lectorat", on a le jeune destinataire et l'adulte qui va acheter, emprunter ou fournir le livre... Ce dernier est bien entendu la cible première des éditeurs, qui savent qu'ils sont face à deuc lecteurs ou destinataires. Dans ce double lecteur, et particulièrement dans la cas de l'album, les compétences peuvent être partagées entre l'enfant, lecteur instinctif qui mobilise son imaginaire, et l'adulte, lecteur à voix haute qui suit le texte.

Comment fonctionne donc cette lecture ? - Elle est plurielle et parallèle, car elle implique un lecteur-auditeur (l'enfant) et un lecteur-lisuer (l'adulte). La littérature jeunesse montre là son étroite parenté avec la culture orale populaire, où les performances se fait sonore et publique.

     S'il y a deux destinataires, il peut donc avoir deux parcours de lecture dans un même livre, un qui s'adresse à l'enfant, et qui s'adresse à l'adulte. Certaines images ou certains texte peuvent donc viser l'adulte. Particulièrement à des allusions sur le plan graphique, lorsque tel illustrateur évoque des peintures célèbres. Dans d'autres cas, les clin d'oeil peut s'adresser à l'enfant, qui précède de l'adulte dans la lecture de l'image, alors que ce dernier est occupé au texte. Le regarde de l'enfant et de l'adulte ne sont en effet pas toutjours convergents et le sens jaillira qu'avec la confrontation des deux.

III - Réglementation du genre

     Définir la littérature jeunesse n'est pas simple, mais pour les francophones, c'est oute plus facile. On a la chance de disposer d'un critère légale pour tracer les contours de la littérature jeunesse en France, c'est une loi de 1949. Et si vous observez bien, tout ouvrage publié en France et destiné à la jeunesse porte la mention de cette loi ancienne, mais toujours en application. Nous avons donc un moyen concret de vérifier si tel ou tel livre doit être considéré comme appartenant au domaine de la littérature jeunesse.

En quoi consiste cette loi ? - La loi française N°49-956 du juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse (c'est le nom de la loi !) vise toutes les publication “qui, par leur caractère, leur présentation ou leur objet, apparaissent comme principalement destinées aux enfants et aux adolescents“, c'est que dit son article 1. 

loi du 16 juillet 1949     Aprèsla deuxième Guerre Mondiale les comics américains menacent l'émergence et l'existence d'une production nationale. C'est donc d'abord une forme de protectionnisme culturel et se veut un instrument de protection de l'enfance. Une “Commission de surveillance et de controle“ est installée par l'article 3 de la loi. Elle dépend des ministères de la Justice et de l'Intérieur, et se trouve donc chargée de surveiller l'ensemble de la production adressée à la jeunesse, essentiellement à partir des critères définis à l'article 2 : Les publications visées à l'article 1 ne doivent comporter auccune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le bandistime, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche, ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse, ou à inspirer ou entretenir aucune publicté ou annonce pour des publications de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse.“. A première vue, on peut se demander ce qu'il est encore possible d'écrire pour la jeunesse. Mais comme toujours dans un texte de loi, il faut examiner la formulation de près : ce qui est vraiment interdit, c'est de présenter “sous un jour favorable“. En clair, la justice et la moral devraient toujours triompher. Cet article 2 s'est cependant très bien adapté au fil du temps, grâce à l'évolution de la langue. Par exemple le verbe “démoraliser“ ; en 1949, son sens était celui d'“éloigner la bonne morale“ ; aujourd'hui, il prend un tout autre sens, celui de “désespérer“, liée au pessimisme des récits, qui est sans doute le premier tabou des auteurs qui s'adressent à la jeunesse.

     Cette loi aura plusieurs effets, notament de permettre le développement de l'école francophones de bande dessinée avec Tintin, Astérix, Gaston Lagaffe et beaucoup d'autres, ainsi bien protégés de leur concurrents américains. Elle nous permet aujourd'hui, en un coup d'oeil, de vérifier si un ouvrage appartient à la littérature jeunesse telle qu'elle fut définie. Mais, les auteurs et éditeurs se trouvent placès sous la surveillance d'une commission auprès de laquelle toute publication doit être déposée. L'autodiscipline des maisons d'éditions, conscientes de l'épée de Damoclès ainsi suspendue au-dessus de leur tête, à fait que très peu d'ouvrages ont subi les foudres de la Commission. La fonction d'intimidation de la loi semble donc assez efficace pour influencer puissamment la création. Beaucoup d'auteurs et de créateurs partagent d'ailleurs pleinement les objectif de la loi, telle qu'elle est aujourd'hui interprétée. 

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