Courant littéraire : Le surréalisme

Surréaliste

D’où vient ce mot ?

                Le poète Arthur Rimbaud (1854-1891) voulait être un voyant, un visionnaire. Il voulait, par un dérèglement de tous les sens , se mettre en état de voyance, c’est-à-dire en état de percevoir, au-delà des apparences, une autre réalité, la face cachée des choses, en quelque sorte. Poursuivant les tentatives de Rimbaud, Guillaume Apollinaire (1880-1918) se met lui aussi en quête de cette autre réalité, invisible, fulgurante et mystérieuse : ainsi, devant un banal soleil couchant, Apollinaire a la vision d’un fantastique « soleil cou coupé ». Et c’est Apollinaire qui invente en 1917, l’adjectif « surréaliste » pour qualifier et caractériser l’expérience poétique moderne, qui voit, derrière le quotidien du monde, et l’apparence des choses et des mots, une surréalité.

Que signifie-t-il ?

                Nous sommes tellement habitués, jour après jour, à voir le mode familier qui nous entoure que nous le réduisons, machinalement, à des images faciles, à des clichés, poétique ou pas, tant notre œil est soumis à la routine, aux a priori et aux préjugés. Or le surréalisme veut bouleverser cette vision conformiste des choses : au coin d’une rue, dans la grande ville, je rencontre par hasard un détail insolite ; mes yeux alors déchirent le voile de la réalité usuelle, et perçoivent brutalement un éclat, une surprise, une révélation inattendue ; cette bouche d’égout, par exemple, dans laquelle s’engouffre l’eau ruisselant dans le caniveau, n’est-elle pas la gueule avide et béante, la « bouche-dégoût » d’un sinistre monstre édenté tapi sous le trottoir ?

Comment est né le courant surréaliste ?

                D’abord, il y a eu Dada, et le dadaïsme, un mouvement créé en 1916 durant la Première Guerre mondiale donc, par des écrivains et des artistes réunis autour de Tristan Tzara, et révoltés par l’horreur et par l’absurdité de la guerre. Le dadaïsme est un mouvement de remise en question radicale du monde tel qu’il est, un mouvement de rupture brutale avec la valeur morale et les codes « bourgeois » en vigueur. « Dada est contre tout… y compris contre Dada », tel est le mot d’ordre nouveau. Dada, un mot choisi au hasard du dictionnaire, un mot d’enfant encore innocent, un mot comme un pied de nez provocateur adressé à l’ordre établi, aux belles phrases bien construites et au langage honnête et correct.

                Dada, trop destructeur, et même autodestructeur, ne pouvait avoir qu’une brève existence. Mais c’est du mouvement Dada qu’est issu le courant surréaliste (ainsi baptisé en l’honneur d’Apollinaire), qui naît officiellement en 1924, avec la publication du Manifeste du surréalisme, un texte rédigé par le poète André Breton. Surnommé « le Pape du surréalisme », il est entouré de poètes tels que Robert Desnos, Louis d’Aragon ou Paul Eluard, et des peintres comme Salvator Dali, Max Ernst ou Magritte. Le mouvement se structure, et triomphe bientôt dans toute l’Europe. Le mot d’ordre ? « Changer la vie », la révolutionner. Le surréalisme appelle à une révolution du langage, de la littérature et des arts, et aussi à une révolution des mentalités : le surréalisme s’engage dans un combat politique, en rejoignant en particulier le parti communiste français, et à travers lui, le peuple ouvrier.

 

Qu’est-ce que la révolution surréaliste ?

« La terre est bleue comme une orange », écrit le poète surréaliste Paul Eluard. Insolite, non ? La rencontre de deux couleurs différentes provoque un choc à la fois auditif, visuel et des sens, et tout bascule, au mépris de la sacro-sainte Raison logique. Et pourtant, la terre est bleu vue de très haut dans le ciel, et elle est bien ronde… Mais voilà, ici, le monde tel qu’on ne l’avait jamais perçu… Et la poésie qui surgit de la rencontre d’objets ou d’images hétéroclites, brusquement saisie à la volée, et de leur union impossible.

Un mot d’ordre : « Liberté », comme le clame encore Paul Eluard dans un célèbre poème de Résistance, en 1942. Une liberté totale, absolue, inconditionnelle :

« Liberté

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom… »

Un défi aux conventions et aux institutions. Plus, une rébellion, une révolte. Avec un humour noir, très noir, les surréalistes retournent les conventions comme un gant.

« Je m’explique ; quand je dis : je m’explique, je ne m’explique rien du tout, cela va de soi. »

(Jacques Rigaut)

Et cela peut aller jusqu’à une « défiguration » du langage courant :

« Maurulam Katapult i lemm i lamm

Haba habs tapam […]

et colle le bonhomme pape

dans l’aquarium… »

(Jean Arp, en latin d’Alsace)

 

Une confiance aveugle au hasard, et plus précisément à ce que les surréalistes appellent le « hasard objectif ». Car le hasard est un dieu caché, ayant plus d’un tour dans son sac ; il fait naître alors, entre deux images, entre deux mots, de superbes étincelles, à la frontière du non-sens. Les surréalistes pratiquent donc l’écriture automatique. Mode d’emploi : prendre une feuille et un crayon, se vider la tête, ne penser à rien, et laisser surgir, tel quel, et brut, un monde inexploré de mots incongrus, et qui pourtant étaient là, tapis dans notre cerveau. Les surréalistes inventent aussi le « cadavre exquis » : tracez une figure, un bout de phrase sur une feuille de papier ; replier soigneusement la feuille, et passez à votre voisin, en ne laissant dépasser que la limite de ce que vous dessiné ou écrit ; votre voisin alors, au gré de son imagination, complète ce qu’il devine, replie la feuille, passe à son voisin, et ainsi de suite… À la fin, dépliez : une image ou un texte grotesque, « surréaliste » vient à paraître.

Rompre avec le Beau, avec l’esthétique bourgeoise, et retrouver l’art populaire jusqu’alors méprisé. Célébrer la publicité, le fait-divers, le cinéma. Chanter la vie quotidienne la plus basse, pour en extraire de l’or. « L’Ibis pisse du soleil »     (Jacques Baron)

En définitive, et c’est là qu’il y aura scission, désaccord et rupture entre les surréalistes, s’engager pour « changer le monde », et rejoindre politiquement la cause du peuple, militer pour la cause ouvrière.

Et, toujours, garder ce but : changer la vie, changer notre manière de voir, de penser, de sentir, d’aimer. Aller jusqu’à « l’Amour fou », qui nous mène jusqu’aux passions extrêmes, étrangères, donc dans le dépassement de nous-mêmes. André Breton affirme : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas. »

Ne jamais cesser d’imaginer des horizons et des paysages inconnus. Faire surgir de la banalité l’extraordinaire : « Comme il dansait dans son pantalon un œuf sortit de la cuisine à pas lents » (Benjamin Péret)

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Époque → 1919 - 1945 environ 

Principe → Le surréalisme cherche a créer un langage poétique qui exprime la puissance du rêve et du désir. Il s'appuie sur la psychanalyse pour revendiquer l'importance du hasard dans la création poétique.

Objectif → Explorer l'unviers de la magie, du rêve et de la folie.

Combattre la censure exercée par la morale et la raison.

Célébrer l'intensité de l'amour fou, source de création.

Thèmes essentiels → le hasard, la coïncidence...

La liberté et la force créative du rêve.

Fascination de la femme, qui réalise la fusion du rêve, du réel et du désir.

Formes Privilégiées → poésis, collages, maximes...

Procédé d'écriture → Écriture automatique qui consiste à écrire sous la dictée de l'inconcient.

Jeu sur les mots, association libre...

Métaphore : rapprochement de réalités éloignées.

Écrivains et oeuvres → Breton et Soupault ►Les Champs magnétiques

Eluard ►L’amour la poésie

Aragon ►Le Paysan de Paris

Breton ►Nadja

Desnos ►Corps et Biens

Date de dernière mise à jour : 12/01/2019

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