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Alexandre Dumas

Introduction

Alexandre Dumas ne fut pas ce gros écrivain qui produisait des volumes à la chaîne : ce fut un grand écrivain, et les millions de lecteurs contemporains peuvent en attester de la capacité de son génie narratif à franchir le temps. Cette persistance prend aujourd'hui des airs de revanche. Car longtemps, Dumas fut dédaigné : comment pouvait-il écrire bien, lui qui écrivait tant ? Comment pouvait-on prendre sa signature au sérieux quand on ne savait pas combien d'auteurs se cachaient derrière ?  De nos jours, personne ne conteste son génie dumassien. Au contraire : on lui rend grâce d'avoir versé à la bibliothèque  de nos représentions un archétype bien français en la personne de d'Artagnan. Ou d'avoir inventé, avec Monte-Cristo, une dramaturgie fondatrice, à laquelle se référeront mille histoires d'évasions. Parce qu'il écrivait des feuilletons et travaillait en équipe, on le voit comme le père des séries télévisées. Et cet appétit s'étendait à tous les plaisirs de l'existence intellectuelle et charnelle : les femmes, les diners, les succès, l'argent et les folies qu'il permet. Dumas embrassait tout ! 

Embrasser le monde

Au physique, Alexandre, né le 24 juillet 1802, est un bel enfant blond, plus tard, il brunira et verra ses cheveux crêpeler, s'attirant tout au long de sa vie, moquerie et vexation. En 1806, quand son père le générale créole meurt, il n'a pas 4 ans. Dévasté, sans ressources, sa mère revient vivre chez ses parents, qui prennent en charges l'éducation du garçon. Confié, à l'école, aux bon soins de l'abbé Grégoire, Alexandre ne révèle aucun don particulier, mais découvre La Bible, Robinson Crusoé, les contes des Mille et Une nuits. En août 1816, il entre en qualité de saute-ruisseau au service de maître Mennesson, notaire proche de la famille. Adolphe de Leuven, un ami de son âge, l'initie  à la poésie et aux vaudevilles. Une évidence s'impose : il faut monter à Paris. En 1822, Dumas plonge dans le tumulte de la capitale, le monde industrieux des cafés enfumés, des théâtres bruyants, des littérateur désargentés et des gloires incertaines. De Molière, de Racine, de Shakespeare, il ne sait rien, mais rien, justement, ne lui fait peur : son ignorance est une grâce. En son sein, il accueille le déferlement d'une imagination pure et brutale, que nul autre que lui ne saurait dompter.  Employé chez le duc d'Orléans, le jeune homme se forge une éducation littéraire : Goethe, Byron, Walter Scott, Fenimore Cooper... Il découvre les salons. Femmes, amis, littérature, il elbrasse le monde avec la candide voracité d'un ogre et multiplie les conquêtes, on lui prêtes une trentaine de liaisons. Seule une certaine Ida  Ferrier deviendra birèvement son épouse. En 1824, un fils naît : Alexandre, fuit d'une idylle avec sa voisine de palier. Puis en 1831, une autre lui donne une fille, Marie-Alexandrine. Il reconnaîtra les deux, mais des passions plus prosaïques l'occupent. Le 10 février 1829, on donne à la Comédie-Française la première représentation d'Henri III et sa Cour, une pièce de son cru, accepté l'année précédente. Le public est ravi. Sur ces entrefaites, la révolution de 1830 éclate ; Dumas se rêve héros, révolutionnaire, mais déchante rapidement. 

Une popularité hors norme

En 1832, après l'épisode du choléra et la sanglante insurrection accompagant les funérailles du générale Lamarque, Dumas part en Suisse, rencontre Châteaubriand, pousse jusqu'à l'Italie du Nord. Ses Impressions de voyage, publiées dans plus tard, marquentle début d'une longue série de reportages. Nommé chevalier de la Légion d'honneur, il connaît, aux théâtre, plusieurs échecs retentissent, et décide de prendre du recul. Devenu critique dramatique à La Presse, un nouveau quotidien fondé par Émile de Girardin (juin 1836), il publie Le Capitaine Paul en feuilleton dans la revue Le Siècle. En décembre 1838, Gérard de Nérval lui présente Auguste Maquet, jeune professeur d'histoire, qui l'aidera à écrire ses premier roman. Le canevas est élaboré en commun ; Dumas apporte les personnages, ses dialogues, ses fantaisies, son énergie inépuisables. Même s'il continue à écrire pour le théâtre, c'est avec Les Trois Mousquetaires, signé en 1844 de son nom seul, qu'il accède à la gloire. Dès lors, au côté de la trilogie, complétée par Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne, les grandes oeuvres se succèdent. La série des Valois (La Reine Margot, La Dame de Monsoreau, Les Quarante-Cinq), la tétralogie des Mémoires d'un Médecin lui gagnent l'amour du publics. Juissant d'une popularité hors norme, écrivant trois livres en même temps, entroicroisant les intrigues et les époques, il encgante son public...et subit le mépris dédaigneux des critiques. On l'accuse de fabriquer une "littérature industrielle", de faire écrire ses livres par des assistants, d'être payé à la ligne. Lui ne veut qu'amuser et intéresser. Dans ses Mémoires, l'homme s'exhibe sans se dévoiler. Il est, enfin, son propre personnage, premier rôle d'une pièce fantasmagorique, hallucinée. L'épisode de son grand bal costumé, notament, où le Tout-Paris vient se presser autour des victuailles débordantes et de cinq cents bouteilles de champagne, le révèle tel qu'en sa splendeur, tour à tour frivole, bonhomme et héroïque. Bientôt, il fait construire son théâtre personnel et édifié, sur une colline dominant la Seine, son château de Monte-Cristo, un pot-pourri exalté d'influences, de références et d'hommage, ordonne Dumas à son architecte, avec le sens de la mesure qui le caractérise.

L'exil en Belgique

Las ! La révolution de 1848, mettant fin à un régime, le conduit à la banque-route. Il n'écrit plus, se pique de politique, échoue chroniquement. Lamartine participe au gouvernement provisoire, Hugo et Sue sont députés, et lui ? Il gesticule, collabore à moulte publications politiques, fonde son propre journal, Le Mois, mais tout va de mal en pis. La crise des théâtres et de la librairie grignote ses revenus, Ida Ferrier lui demande une pension, Auguste Maquet l'attaque en justice pour compte en retard. Le château des merveilles est vendu, le Théâtre-Historique doit fermer ses portes. En décembre 1851, à la faveur de coup d'État, Dumas fuit en Belgique pour échapper à ses créanciers. À Bruxelles, plusieurs opposants à Napoléon III le rejoignent, dont Victore Hugo. Proscrits et déshérités trouvent refuge en son antre, dans sa maison du 73 boulevard Waterloo, peuplée de bronzes de Barye et de vases de Chine, entre autres oeuvres d'art réchappés du désastre. C'est le temps, nostalgique, de la composition de ses Mémoires, dont La Presse commence la publication sans tarder. Alexandre se retourne, mélancolique, mesure le chemin parcouru et celui qui lui reste à accomplir. En 1852, son fils triomphe avec la première représentation théâtrale de La Dame aux camélias. Lui, dont l'aura s'est amoindrie, accompagne Hugo jusqu'à Anvers, dernière étape avant Jersey. Alexandre fait la navette entre Bruxelles et Paris, tente de relancer sa carrière. En novembre 1853 paraît Les Mousquetaires, quotidien artistique qui ne décollera guère. Un ans plus tard, Dumas se réinstalle à Paris, rue d'Amsterdal, où il restera  jusqu'en 1861. Encouragé par Pierre-Jules Hetzel, il s'adjoint les services d'un nouveau collaborateur, Gaspard de Cherville. Ensemble, ils produisent une série de roman mondains, ruraux, exotiques, qui ne se hisseront jamais à la hauteur de leurs glorieux prédécesseurs. 

L'oreiller de sa vieillesse

Désapointé, le père Dumas voyage ; on le retrouve en Allemagne, et à Londres, aussi, comme correspondant de La Presse. A Guernesey, il revoit son cher vieil Hugo. L'hebdomadaire Le Monte-Cristo est lancé. En juin 1858, invité par un comte russe, Dumas se rend à Saint-Pétersbourg, Moscou, Astrakhan, et jusque dans la Caucase ; il ne rentrera qu'en mars 1859. Peu après, il fait l'acquisition de l'Emma, une goélette avec laquelle il entend se lancer à la conquête de la Méditerranée. Partie de Marseille le 9 mai 1860? l'embarcation suit le sillage de l'expédition des Mille, conduite par Garibaldi, et la rejoint dans Palerme libérée. Dumas retourne à Marseille pour acheter des fusils au général. Reconnaisant, Garibaldi le nomme directeur des fouilles de Pompéi. Bientôt, cependant, le "héros des deux mondes" se retire. Resté seul, Dumas écrit encore et toujours, mais en avril 1864, vieux magicien sans ressort, il rentre aux pays.  Ses entreprise journalistiques échouent les unes après les autres. Il entale une série de conférences en France, à l'étranger, évoque les sortilège d'antan. En 1867, plus bedonnant que jamais, il se fait photographié avec sa maîtresse Adah Isaacs Menken, l'Académie française en prend ombrage, qui lui ferme ses portes. Catherine Labay, la mère de son fils, s'éteint en 1868. L'année suivante, en Bretagne, Dumas est au travail, il n'est pas rassasié. Si, sur un plan culinaire, son Dictionnaire de cuisine accuse avec force lacunes, son style alerte, sa verve extravagante, une fois de plus, captivent. Trois mille recttes, pas moins, pattes d'éléphants et steak d'ours compris. En mars 1870, Alexandra remet le manuscrit à son éditeur Alphonse Lemerre. Il n'en verra jamais la publication. En septembre 1870, après un accident cérébral qui le laisse à demi paralysé, Dumas s'installe dans la villa de vacances de son fils à Puy, près de Dieppe. Il y meurt le 5 décembre, et est enterré au cimetière de Villers-Cotterêt. 

 

 

 

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